DISPARITION DU DERNIER SURVIVANT DU GC3 « NORMANDIE-NIEMEN »

17 décembre

 

 

André PEYRONIE

 

Une dizaine de Vieilles Tiges du groupement Saint-Exupéry, accompagnées de leur porte drapeau étaient présentes aux funérailles d’André PEYRONIE, dernier survivant de l’épopée du Groupe d’Aviation 3 « Normandie ».

La cérémonie religieuse a eu lieu en l’église d’Anse, en présence de personnalités civiles et militaires, officiers, sous-officiers de l’armée de l’air d’active et de réserve, de l’Aéronavale, anciens combattants, ainsi qu’un représentant de l’armée Russe.

Pas moins de dix-huit drapeaux ont accompagné André PEYRONIE durant cet adieu au cours duquel se sont succédés de vibrants hommages à celui qui, le 5 août 1940 avait offert sa jeunesse au service des Forces Aériennes de la France Libre.

René BARCHI est également intervenu pour lire un émouvant message émanant du Colonel Anatoly FETISSOV de l’armée Russe rappelant combien le peuple de son pays est resté respectueux des pilotes Français venus mourir au combat sur leurs terres et n’oubliera jamais les héros du « NORMANDIE NIEMEN ».

Conformément à la tradition de l’armée rouge qui, lorsqu’un pilote ne rentre pas, est déposé à la place qu’il occupait au diner, une bougie accompagnée de sa photo, ainsi qu’un verre de vodka et d’une tranche de pain, René BARCHI a respecté ce geste sur le cercueil d’André PEYRONI.

A l’issue du dernier de tous ces longs messages de reconnaissance, le rugissement d’un Rafale en passage à basse hauteur est venu saluer le départ de celui qui à l’âge de 99 ans, était le dernier survivant du « NORMANDIE-NIEMEN », le Sergent-chef André PEYRONIE.

(Copie d’écran vidéo ARMEE de l’AIR)

 

André PEYRONIE est né le 8 mai 1920 à ALBI dans le Tarn.

Le 16 février 1939 après avoir signé un engagement de 5 ans dans l’armée de l’air, il obtient son brevet supérieur de mécanicien avion à l’école de ROCHEFORT. Après une première mutation sur la base de CHÂTEAUROUX il rejoint le détachement destiné au renfort à destination de BEYROUTH.

Le 5 août 1940, à RAYACK, il signe un engagement volontaire dans les Forces Aériennes de la France Libre pour la durée de la guerre. Il est affecté au Groupe de Chasse 1 « ALSACE » et participe aux opérations en Libye. Le 15 décembre 1942 il est affecté au Groupe de Chasse 3 « NORMANDIE » et rejoint IVANOVO en Russie. Il est nommé sergent-chef le 1er mars 1943 et participe à la première campagne du groupe. Il est responsable du YAK 3 de Marcel LEFEVRE qui deviendra rapidement As de guerre avec à son actif 14 victoires dont 11 homologuées. Les YAK étaient toujours prêts à prendre l’air, stationnés dans des alvéoles camouflées par des branchages de sapin, et proches de la piste. Le mécanicien en charge de « son » avion ne le quittait jamais et dormait à côté de lui à l’intérieur de l’alvéole, dans des conditions très spartiates ! Chaque soir il fallait vidanger totalement les circuits de glycol et d’huile du moteur afin d’éviter le gel et refaire le plein vers 3 heures du matin, puis faire tourner l’avion afin qu’il soit prêt à décoller au lever du jour.

Le 30 octobre 1943 il est muté à RAYACK au Moyen-Orient et affecté au Groupe de Chasse 3/3 « ARDENNES » le 1er janvier 1944. Il participe à la campagne d’Afrique du Nord puis aux opérations de Provence, pour faire ensuite mouvement avec son unité sur l’Alsace. La guerre terminée il est détaché en Allemagne jusqu’au 5 octobre 1945 date à laquelle il est démobilisé. De retour à la vie civile, André PEYRONIE reprend des études et fait carrière dans l’expertise immobilière à Lyon, jusqu’à sa retraite. Depuis peu il était résidant à la « Maison des Anciens Combattants » d’Anse.

Ses nombreuses décorations et distinctions témoignent de son engagement au service de la patrie. Chevalier de la Légion d’honneur, il est titulaire de la Médaille Militaire, de la Médaille commémorative 1939-1945 avec agrafes « Engagé volontaire » « France » « Libération », la Médaille des Services Volontaires dans la France Libre, et la Médaille d’Outre-Mer avec l’agrafe « Libye ». Il est également décoré de l’Ordre Russe Alexandre NEVSKI et de l’Ordre d’honneur Belarus. Par décret du 30 novembre 2019 il a été nommé Officier de l’Ordre National du Mérite.

Source : Général Philippe LAFOND, et « Le Progrès ».

 

Il est utile de rappeler pour l’occasion, en quelques lignes, l’épopée du GC3 « NORMANDIE-NIEMEN » :

 75 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, tandis que les hautes autorités politiques de notre pays se sont manifestées très timidement lors de la disparition des derniers pilotes survivants de cette légendaire escadrille (ex : Roland DE LA POYPE décédé le 23 octobre 2012), les Russes continuent d’honorer avec ferveur et émotion les pilotes français de l’escadrille « NORMANDIE-NIEMEN » qui sont venus se battre et mourir à leurs côtés dès novembre 1942.

Le 22 juin 1941 l’armée allemande envahit l’URSS. Cette offensive entraîne la rupture des relations diplomatiques entre Moscou et le gouvernement du maréchal Pétain. Le lieutenant-colonel LUGUET qui occupait le poste d’attaché de l’Air à l’Ambassade de Russie, décide de rallier la France libre. À son arrivée à Londres, fin 1941, il livre au 2e bureau des Forces aériennes françaises libres, son analyse du front de l’Est, avec une guerre d’usure qui ne peut que tourner à l’avantage des Soviétiques. Le Général DE GAULLE est ainsi convaincu d’envoyer une force combattante française en URSS. Par cette présence française, DE GAULLE souhaite, aux yeux des Soviétiques qui l’ont reconnu comme chef de tous les Français libres, les aider car il n’entrevoit pas d’autre victoire finale que celle des Alliés.

Il décide de leur envoyer un groupe de Chasse.

Au printemps 1942, STALINE donne son accord de principe à l’aide de ce groupe de Chasse constitué de 14 pilotes, 40 mécaniciens, plus le personnel administratif. Soit 62 volontaires. Suivant la tradition, chaque unité des FAFL doit prendre le nom d’une province française. C’est « NORMANDIE » qui est choisi.

Le groupe « NORMANDIE » comprend des jeunes gens tous volontaires et d’origine sociale différente.

Le GC 3 atteint la base d’Ivanovo, ville située à 250 km au nord-est de Moscou. L’instruction des Français va durer du 2 décembre 1942 au 14 mars 1943, sur des YAK.

Le YAK 3 petit chasseur en toile et duralumin, rustique mais très maniable, donne entière satisfaction aux Français face aux redoutables Messerschmitt 109 et Focke-Wulf 190.

La première campagne du « NORMANDIE » débute le 22 mars 1943. Les pilotes remplissent au minimum 5 missions par jour, les combats et les victoires s’accumulent avec leur inévitable lot de pertes. Celles-ci vont devenir si importantes que des renforts sont nécessaires. Ils arriveront à compter du 10 mai 1943.

A l’issue d’une mission, le commandant TULASNE ne rentre pas, il est remplacé à la tête de l’unité par le commandant Pierre POUYADE, tandis que le sous-lieutenant ALBERT et le capitaine PREZIOSI obtiennent la 30e victoire du groupe.

Le 21 juillet 1944, pour récompenser l’avancée de l’unité française qui franchit le fleuve NIEMEN à ALYTOUS (en Lituanie) STALINE fait accoler le nom de NIEMEN à NORMANDIE comme il est de tradition dans l’armée russe.

« NORMANDIE-NIEMEN » entre ainsi dans la postérité.

En août 1943, les mécaniciens français sont mutés au Moyen-Orient et remplacés par du personnel soviétique. Le « Normandie » perd ainsi ses compagnons de la première heure mais prend une dimension symbolique en associant dans une même unité des pilotes français et des mécaniciens russes.

La première campagne s’achève. Sur les 36 pilotes, 21 ont été tués au combat.

Le groupe est entièrement reconstitué et la seconde campagne débute le 25 mai 1944 avec 64 pilotes au total.

Le 28 mai, le YAK 9 baptisé « Père Magloire » de Marcel LEFEVRE, dont André PEYRONIE fut le mécanicien jusqu’à sa mutation au Moyen-Orient, prend feu à l’atterrissage à la suite d’une fuite de carburant. Le pilote meurt de ses brûlures le 6 juin 1944 alors que les Alliés débarquent sur les plages de sa Normandie natale.

Le 15 juillet 1944, le lieutenant Maurice DE SEYNES fait preuve d’un acte de bravoure inouï. Il doit rejoindre un autre terrain et a pris à bord son mécanicien Russe Vladimir BIELOZOUB. Victime d’une panne il fait demi-tour pour se poser à DOUBROVKA, terrain duquel il vient de décoller, mais aveuglé par les vapeurs d’essence qui envahissent son cockpit, il essaie de se poser à plusieurs reprises sans y parvenir. Les Soviétiques lui ordonnent de sauter mais DE SEYNES refuse catégoriquement car il ne veut pas abandonner à une mort certaine son mécanicien qui n’a pas de parachute. Après plusieurs autres tentatives, le YAK 9 s’écrase et explose, tuant ses deux occupants. Ils seront inhumés côte à côte à DOUBROVKA.

Le sacrifice de Maurice DE SEYNES entre dans les livres scolaires de l’histoire de l’URSS et devient le symbole de l’amitié indéfectible entre la France et la Russie.

Au cours de cette seconde campagne les actes de bravoure sont le quotidien des aviateurs français. Le 16 octobre, en 100 sorties, le « NORMANDIE-NIEMEN » s’octroie 29 victoires sans une seule perte. Deux jours plus tard, en 88 sorties, 12 avions ennemis sont abattus. Le 20 octobre, 11 victoires sont comptabilisées en 69 sorties, et le 22, 14 autres victoires s’ajoutent en 56 sorties, sans aucune perte !

Le 27 novembre 1944, le « NORMANDIE-NIEMEN » est la première unité française à stationner sur le sol allemand. Le lendemain, les lieutenants ALBERT et DE LA POYPE sont élevés à la dignité de « Héros de l’Union Soviétique ».

Le 9 décembre, le général de Gaulle accueille à Moscou tous les pilotes français, qui reçoivent honneurs et décorations.

Le « NORMANDIE-NIEMEN » retourne sur le front à la mi-décembre 1944 pour sa troisième et dernière campagne.

Les 19, 21 et 23 janvier 1945, l’héroïsme du « NORMANDIE-NIEMEN » est récompensé par trois citations par le maréchal STALINE.

Le 21 février, il ne reste que vingt-cinq pilotes.

Le 12 avril, le lieutenant Georges HENRY abat un FOCK-WULF 190. C’est la dernière victoire du « NORMANDIE-NIEMEN » mais quelques heures plus tard, ce même pilote en sera également le dernier mort, tué par un mitraillage au sol.

C’est devant une immense foule que le 20 juin 1945 les héros du « NORMANDIE-NIEMEN » se posent au Bourget à bord de leurs YAK dont le maréchal STALINE leur a fait cadeau.

L’épopée du « NORMANDIE-NIEMEN » débutée le 22 mars 1943 comptabilise 5240 missions ! 273 victoires confirmées, 37 probables et 47 avions endommagés en 869 combats aériens. Marcel ALBERT, Roland DE LA POYPE, Jacques ANDRE et Marcel LEFEVRE ont été élevés à la dignité de « Héros de l’Union Soviétique ». 21 ont été faits « « Compagnons de la Libération » par le général DE GAULLE. Sur un total de 97 pilotes qui ont participé aux trois campagnes, 42 sont morts pour la France.

Ce Groupe de chasse restera le plus victorieux et le plus décoré de la seconde guerre mondiale.