VISITE DE VARAGNES

 

Samedi 14 novembre 2015 un groupe des Vieilles Tiges du Groupement Saint EXUPERY avait fait le déplacement au château de VARAGNES à ANNONAY, demeure du XIe siècle où vécu Marc SEGUIN.

Voici le résumé de cette passionnante visite……

 

Marc SEGUIN et VARAGNES

Né le 20 avril 1786 à Annonay, Marc Seguin est l’aîné d’une famille de cinq enfants dont le père fabrique et commercialise le drap. Sa mère est la nièce des inventeurs du ballon à air chaud, Etienne et Joseph de Montgolfier. Ce dernier jouera un rôle déterminant dans l’éducation de Marc Seguin.

Les qualités techniques de Marc Seguin sont vite reconnues. Il améliore la roue à aube de la petite usine familiale. L’idée des ponts suspendus naît d’une conversation avec l’ingénieur des Ponts et Chaussées de l’Ardèche. Marc Seguin met alors au point le principe de la suspension par fil de fer (câble) et réalise en dix-huit mois le pont de Tournon, qui est une grande réussite technique (1825). Contrairement à l’ancienne suspension par chaîne ou barre, la suspension par câble permet de faire circuler aisément chariots et voitures. Ses frères et lui-même vont alors participer à la construction de nombreux ponts sur le Rhône et une soixantaine d’autres sites en France et en Europe.

Marc Seguin va également s’intéresser à la vapeur pour les besoins de la navigation sur le Rhône, mais l’expérience sera interrompue car le rendement de la machine à vapeur est médiocre. Il mettra au point en 1827 une chaudière dite tubulaire adaptée aux locomotives et qui permet des performances beaucoup plus importantes. George Stephenson l’installe sur sa Rocket et gagne le concours de Rainhill.

Les frères Seguin se lancent à cette époque dans la construction de la première ligne de chemin de fer où rouleront des locomotives ; elle reliera Lyon à Saint Etienne et sera achevée en 1832 (la ligne Paris-Saint Germain ne sera ouverte qu’en 1837).

Marc Seguin se retire alors – à cinquante ans – à l’Abbaye de Fontenay en Bourgogne où il se consacre à la recherche et l’écriture. Il y développe notamment ses idées sur l’équivalence mécanique de la chaleur avant de s’installer à VARAGNES qu’il fait aménager selon ses plans.

VARAGNES est une demeure unique en son genre. Elle a été modelée pour les besoins d’un savant du 19e siècle et est ainsi devenue un merveilleux  témoignage de cette époque. On ne peut parler de cette demeure sans évoquer les descendants de Marc Seguin et d’abord Augustin Seguin (l’un de ses 19 enfants) qui a aidé son père à aménager VARAGNES et a donné à cette maison le charme qu’on lui connaît. Augustin était non seulement un ingénieur et un industriel mais aussi un artiste (il faisait partie de l’école de peinture de Lyon) et un voyageur infatigable (il visite en particulier l’ouest des Etats-Unis en 1880, quelques années après la guerre de sécession et alors même que certaines tribus indiennes sont encore hostiles).

Augustin Seguin aura lui-même onze enfants. Parmi eux Rose, Marie et Joseph hériteront de son talent artistique (certains tableaux de Rose Seguin-Bechetoille sont exposés au musée César Filhol), Louis, Laurent et Augustin (“Tintin l’Aviateur”) de ses qualités d’ingénieur. Louis et Laurent développeront le moteur rotatif HP 50 Gnôme qui sera le premier moteur d’avion “fiable” permettant l’essor de l’aéronautique en tant que moyen de transport. Gnôme et Rhône sera cédée par la famille en 1925 et est devenue aujourd’hui SAFRAN (ex SNECMA). Les champs qui dominent VARAGNES ont connu, au début de ce siècle, de nombreux essais d’un planeur fabriqué pour Tintin l’Aviateur  par Henri Fabre, grand ami des frères Seguin et  inventeur de l’hydravion (dont le premier vol – en1910 – a été réalisé avec un moteur Gnôme). Le planeur superbement restauré par la famille Chenel se trouve désormais exposé dans la chapelle de VARAGNES  ( photo ci-dessous).

 

 

Le parc fut planté par Augustin Seguin. Il a été presque totalement détruit par la tempête de décembre 1999. Parmi les “rescapés”, on notera, vers l’entrée, un cèdre du Liban. Un bassin, près d’une petite maison dite de “poupée”, a été longtemps entouré d’un petit chemin de fer. La “maison de poupée” était réservée aux petites filles. Elle était autrefois aménagée avec des meubles et ustensiles de cuisine à la dimension de leurs occupantes.

La chapelle atteste de l’attachement de Marc Seguin à la religion. L’abside de la chapelle fut peinte par Augustin Seguin ; elle reproduit une fresque de Tiepolo. La chapelle est ouverte vers l’extérieur et recevait en fait tout le voisinage de VARAGNES. Les plus anciens se souviennent encore des messes dans cette chapelle, notamment celle du 15 août. On y retrouve aujourd’hui le merveilleux planeur d’Augustin (Tintin) Seguin.

Un étrange bâtiment en demi-cercle abrite en fait un séchoir et est le prolongement du lavoir. A ses pieds se trouvait autrefois une serre potagère chauffée. Lorsque le linge humide était étendu dans le séchoir, de petites trappes étaient ouvertes et l’air chaud qui s’échappait ainsi de la serre séchait le linge.

L’attirance de Marc Seguin pour les serres lui vint de ses voyages en Angleterre dans les années 1820-1830, époque à laquelle les premières grandes serres anglaises firent leur apparition.

La serre de VARAGNES est un bâtiment unique du fait de sa double paroi dont Marc Seguin a compris l’intérêt thermique. Sa forme est destinée à favoriser les mouvements de convection de l’air. Elle était chauffée en hiver grâce à un chauffage à air pulsé – une prouesse technique à l’époque. La décoration (aujourd’hui disparue) témoignait de l’influence “classique” de l’époque. Les statues ont été réalisées par Augustin Seguin, primé à cette occasion par l’Ecole des Beaux Arts de Lyon.

La cour du nord montre certains bâtiments de VARAGNES tels qu’ils existaient avant l’aménagement des lieux par Marc Seguin ; il ne subsiste aucun plan mais il est clair que les bâtiments du sud ont été profondément modifiés tandis que ceux du nord ont été seulement aménagés.

Les bâtiments du nord abritent au rez-de-chaussée notamment une forge, une écurie, une menuiserie et un “bûcher”. Au-dessus ont été installés une bibliothèque, un atelier de dessin, une salle dite de classe où Augustin faisait travailler ses enfants pendant l’été (Paul Bourget y donna des répétitions) et un observatoire construit par Marc Seguin avec l’aide et selon les plans de Herschel, l’un des meilleurs astronomes du XIXe siècle. L’observatoire a été abîmé par la tempête de décembre 1999 et les dômes ont été refaits selon les mêmes techniques. Ces différents bâtiments ne peuvent malheureusement pas être visités.

Dans la cour des poules- dont Rose Seguin-Bechetoille a fait des dessins magnifiques – se trouvent deux ateliers qui ont été récemment rénovés. L’atelier de chimie a été reconstitué quasiment à l’identique mais tous les produits sont “d’époque”. L’atelier de mécanique abrite des tours à bois et à métaux entraînés par un moteur fabriqué par Panhard sous licence Daimler. Il fut acheté en 1895 par les frères Peugeot et revendu à Louis Seguin en 1898. C’est dans cet atelier que Laurent Seguin fit dans les années 1930 des démonstrations de la dernière (en date) des inventions Seguin : le “Stroborama” qui était utilisé pour mesurer la vitesse de rotation de machines.

Il est bon de souligner que VARAGNES est inscrite sur la liste supplémentaire des monuments historiques. Le Conseil Général de l’Ardèche et la Direction des Affaires Culturelles de la Région Rhône-Alpes ont participé à la rénovation de la serre, de l’observatoire et des façades.

Encore un grand merci à Madame et Monsieur LEFEVRE-SEGUIN pour le chaleureux accueil qu’ils ont su réserver aux Vieilles Tiges !

 

Marc SEGUIN

 

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